Django Unchained

Attention : cette critique contient de nombreux spoilers

Django Unchained : critique par l'association Ellipse

The Weinstein Company – Columbia Pictures

En ce début d’année 2013, Quentin Tarantino squatte à nouveau les salles obscures, quatre ans après son très réussi Inglorious Basterds, où il modifiait à sa sauce la Seconde Guerre Mondiale et plus particulièrement la France occupée.
Au regard de sa filmographie, dire que le bonhomme était attendu au tournant est un doux euphémisme. Ayant revisité différents genres de manière brillante (le polar noir avec Reservoir Dogs, le film de sabres avec Kill Bill ou encore l’hommage à la blacksploitation à travers Jackie Brown), il se frotte aujourd’hui au western et plus particulièrement au western spaghetti. Une nouvelle voie qui a révolutionné le genre à l’aube des années 1960, grâce à ses cow-boys poisseux, ses face à face épiques et ses musiques dantesques. Tarantino prend pour modèle Django, film de Sergio Corbucci sorti en 1966, où un solitaire affronte des bandes rivales à la frontière mexicaine. Le héros avait la particularité de s’encombrer d’un cercueil. Sauf que le réalisateur amène un nouveau contexte socio-politique ; celui de l’esclavagisme des noirs aux États-Unis au 19e siècle, à la veille de  la Guerre de Sécession. Contexte qui permet à Tarantino d’aborder à nouveau le thème de la vengeance, cher à son œuvre, à travers les yeux de l’esclave Django, désireux de faire payer aux tortionnaires blancs les crimes et châtiments dont ils sont responsables.

Malgré une durée affichée de 2h44, autant dire de suite que le temps passe à une vitesse incroyable grâce à la fluidité avec laquelle s’enchaînent les différents actes du film. Car bien que les chapitres ne soient pas clairement annoncés, ils apparaissent dans la manière dont le film est construit. Le générique d’introduction nous met directement dans l’ambiance, avec ses lettres rouges imposantes directement inspirées du cinéma des années 70, et le thème du Django original, magnifique composition de Luis Enríquez Bacalov. Puis, dans cette première séquence où Django est libéré par le Dr Schultz, personnage qui sert d’encrage au spectateur du 21e siècle plongé dans cette période cruelle et révolue, se retrouvent tous les éléments caractéristiques de Tarantino : des dialogues savoureux, des pointes d’humour, des plans ultra-stylisés (merci à la somptueuse photographie) et une explosion soudaine de violence avec des geysers de sang hallucinants. Tous ces facteurs se retrouvent alors disséminés à travers le film, combinés ou utilisés de façon séparée.

L’humour peut être autant verbal (le dialogue entre Schultz et le Marshall venu à sa rencontre suite à l’assassinat du shérif) que de situation (l’accoutrement bleu flashy de Django). En atteste cette scène où le Ku Klux Klan est tourné en ridicule, les membres se disputant sur l’intérêt ou non de porter des cagoules. Fin dialoguiste, Tarantino ne lésine pas sur de longues scènes de joutes verbales (ce qui n’est pas une nouveauté en soi), notamment dans la seconde partie du film à CandieLand. On comprend sa démarche tant il peut s’appuyer sur des acteurs en état de grâce. Révélé dans Inglorious Basterds, Christoph Waltz est une nouvelle fois impressionnant dans un nouveau registre, à l’opposé du salaud qu’il campait en la personne du colonel Landa. Désormais, en tant qu’immigré allemand aux Etats-Unis, son œil d’étranger permet une vision négative, et aujourd’hui plus répandue, vis à vis de l’esclavage. On découvre également un DiCaprio métamorphosé en rôle de grand méchant, typique du cinéma de genre qu’affectionne Tarantino. D’ailleurs, pour sa première apparition, il est dévisagé via un brusque zoom avant, méthode très utilisée dans ce cinéma des seventies, comme on peut le voir dans La Femme Scorpion de Shunya Ito par exemple (dont un vibrant hommage avait déjà été rendu dans Kill Bill via l’utilisation de The Flower of Carnage, thème chanté par l’actrice principale Meiji Keiko). De plus, on assiste enfin au grand retour de Jamie Foxx sur le devant de la scène, magnifique justicier assoiffé de vengeance, mais également motivé à retrouver sa bien-aimée Broomhilda. Un rôle qu’il maîtrise parfaitement, montrant sa lente montée en puissance, de sa libération jusqu’à l’assouvissement de sa vendetta.
Mais s’il en est bien un que l’on attendait pas à un tel niveau, c’est bien entendu Samuel L. Jackson, impressionnant en noir plus raciste qu’un blanc et finalement maître d’un DiCaprio immature, violent et intellectuel snob. Son accent, son maquillage, sa démarche… en fait c’est peut-être lui le véritable méchant du film. Sûrement l’un des meilleurs rôles de sa carrière, un personnage que l’on est pas prêt d’oublier.

Django Unchained : critique par l'association Ellipse

The Weinstein Company – Columbia Pictures

Mais Tarantino, c’est également des scènes réglées au millimètre. C’est ainsi qu’il nous offre l’une des chevauchées les plus épiques de ces dernières années, avec en fond le Requiem Dies Irae de Verdi. Des dizaines de cavaliers munis de torches s’élancent du haut d’une colline à l’assaut de la diligence du Dr Shcultz. Un nouveau mélange des styles à mettre au crédit du réalisateur.
Sa vision de la violence et de la mise en scène nous impressionnent une fois de plus. Chaque séquence importante pour l’histoire est assénée avec une vraie dose d’adrénaline. En esthétisant encore plus le visuel de son film, via des décors et des éclairages remarquables, ainsi que des chorégraphies impeccables, il délivre des scènes inoubliables. On assiste alors à une première partie qui ne s’essouffle à aucun moment, enchaînant les moments de bravoure, du face à face de nos deux protagonistes avec le Marshall d’un petit village, classique de l’esprit western, au massacre de trois frères meurtriers.

L’ultra-violence, caractéristique des films de Tarantino est à nouveau présente, et même décuplée. Les balles explosent les chairs et font jaillir du sang en abondance. C’est notamment le cas pour Django, dont les tirs scindent littéralement ses ennemis en deux, l’effet permettant d’accroître l’esprit   vengeur du protagoniste. On retiendra cette magistrale fusillade finale entre Jamie Foxx et les nombreux sbires de DiCaprio, où pendant plusieurs minutes les coups fusent et le sang gicle de manière ultra-stylisée grâce à des mouvements fluides et une caméra toujours bien placée. La scène se finissant sur une sublime plongée, affichant le chaos et le désordre à l’intérieur de la demeure, jonchée de corps et d’hémoglobine. Mais une autre surprise vient émailler le long-métrage. Car dorénavant, la violence de Tarantino fait mal. Les exemples les plus frappants étant ce combat entre deux esclaves noirs, des mandingues, luttant à mort, de manière brutale, sous les ordres de leur maître, ou encore cet esclave fugitif littéralement dévoré par des chiens dressés pour tuer. Tarantino avoue lui-même, dans une interview réalisée par le site Slate.fr, que les scènes étaient à l’origine bien plus crûes, et qu’il s’est ravisé suite aux réactions des spectateurs lors de projections tests. Derrière sa facette d’esthète, on sent également cette fois-ci une véritable envie de dénoncer.
Et évidemment, comme pour chacun de ses nouveaux films, Tarantino propose une bande originale aux petits oignons. Du thème de Django, aux sublimes compositions d’Ennio Morricone (inspiration western oblige) en passant par des morceaux plus modernes (le magnifique Freedom) ou carrément rap (100 Black Coffins écrit pas Jamie Foxx lui-même, et Ode to Django (The D Is Silent) de RZA l’ami rappeur de Tarantino). C’est un sans-faute, les musiques totalisant déjà des dizaines de milliers de vues sur YouTube.

A 50 ans, Tarantino accouche d’un 8e film réussi sur tous les aspects. Lui qui était critiqué pour son manque de maturité vient de mettre une claque à ses détracteurs tout autant qu’à ses admirateurs. L’homme arrive en effet à signer un long-métrage où sa patte stylistique est indéniable tout en l’agrémentant d’un discours social. Peut-être vient-il tout simplement de réaliser son chef-d’œuvre.
Depuis sa sortie, le film a suscité de vives polémiques outre-Atlantique sur une utilisation abusive du mot « nigger », notamment de la part de Spike Lee, qui s’en était déjà pris à Tarantino pour ce même motif. Une controverse qui paraît bien déplacée pour un film attaquant de plein fouet l’esclavagisme des siècles précédents, ouvrant les yeux des américains sur leur passé troublant.

Critique de Django Unchained par l'association Ellipse

Django Unchained : critique par l’association Ellipse

Thibaud Savignol
Membre de l’association Ellipse

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