Le Dernier Rempart

Le Dernier Rempart -critique

© Di Bonaventura Pictures

Attention, cette critique contient de nombreux spoilers.

   Début d’une nouvelle décennie et nouveau tournant dans la carrière de Kim Jee-Woon suite à son arrivée dans les studios américains.

Ce génie du cinéma coréen nous a auparavant gratifié de superbes péloches, telles que J’ai Rencontré le Diable, sûrement l’un des films les plus puissants sur le thème de la vengeance, A Bittersweet Life (où il réinvente le polar stylisé), ou encore 2 sœurs, film d’horreur psychologique. Alors repéré pour son talent, il est démarché par la société de production Di Bonaventura Pictures afin de réaliser Le Dernier Rempart, actionner couillu qui sent bon la nostalgie des années 1980 où sortaient des films comme Cobra ou Piège de Cristal. Et quoi de mieux que d’embaucher une ex-star de ces années glorieuses pour jouer le rôle principal d’un justicier charismatique, ancien membre des forces spéciales. Arnold Schwarzenegger, qui a mis de côté sa vie politique, notamment à cause de différents scandales familiaux, est alors choisi pour incarner ce personnage. Les rôles musclés, il s’y connaît, comme le rappelle si bien sa filmographie (Conan, Terminator, Commando …).

La question qui se pose est la suivante : Quel est le résultat de l’alchimie entre le talent du cinéaste coréen et les obligations des studios ?

   Le résultat est sans appel à la fin de la séance : c’est une demi-réussite (ou un demi-échec, c’est selon). En effet, les différentes sources d’influences se sont répercutées sur le long métrage, et pas toujours pour le meilleur. On assiste à un film clairement divisé en deux et cela sur plusieurs points.

   Tout d’abord, le rythme. La première partie s’embourbe dans une longue exposition, s’arrêtant sur chaque protagoniste, du shérif joué par Schwarzy au méchant sud-américain, en passant par chaque adjoint et les différents sbires. Pour un film dont l’histoire tient sur un morceau de PQ, tant de détails n’ont pas leur place. L’intérêt, comme nous l’a clairement montré la bande-annonce, repose sur les fusillades et scènes spectaculaires, notamment dans une petite bourgade américaine. Heureusement, quelques moment font monter la pression, comme l’évasion du bandit du film ou encore l’étonnante destruction d’un barrage des forces de police somptueusement chorégraphié. Tout cela entre des dialogues pas folichons et une mise en place de la situation poussive.
Mais voilà, Kim Jee-Woon se réveille une fois les hostilités lancées dans la ville de Sommertown. On peut alors se délecter d’une seconde partie sans temps morts et clairement fun.

   C’est justement durant ce moment que l’on voit la patte du réalisateur coréen. La réalisation, pour ce type de production, est clairement au-dessus du lot. Woon nous livre des cadres magnifiques, comme cette poursuite entre une voiture et un hélicoptère où les deux sont réunis dans le même encadrement, le deuxième survolant ainsi le sol de quelques mètres seulement. La ville est également captée par des plongées penchées très soignées. De plus, dans un produit aussi calibré, il réussit à amener une certaine originalité avec par exemple un rodéo en bolides dans un champ de maïs, où à travers les différentes morts des ennemis (comment oublier cet homme qui explose à moitié après avoir reçu une fusée de détresse en plein thorax ?). Les gunfights sont nerveuses. On tire dans tous les sens, que ce soit avec des pistolets, des mitrailleuses ou des fusils à pompe. Le spectacle est au rendez-vous et ça en devient par moment carrément jouissif.

   Cependant, malgré le talent du réalisateur, le cahier des charges américain est beaucoup trop visible tout au long du film. On est face à des personnages stéréotypés (le gentil shérif blanc, le méchant étranger, la super-nana adjointe …) ainsi qu’à une histoire qui se déroule de manière ultra-linéaire (dans le schéma : problème, affrontement, résolution). En outre, le film est gratifié d’un humour lourdingue, qui fait très rarement mouche. En même temps, voir Johnny « Jackass » Knoxville sur l’affiche nous mettait la puce à l’oreille. La fin est des plus prévisibles, même si ce n’est pas l’élément le plus important du film. On se doute bien, au vu du passé de Woon, qu’il se serait bien passé de ces facteurs s’il avait eu les mains libres. A noter malgré tout le retour, plutôt réussi, de Schwarzenegger. Un rôle taillé pour lui, même si certes il n’effectue quasiment plus ses cascades lui-même, mais où il a le plaisir de balancer quelques punchlines bien senties, comme à l’époque de Predator (le grisant « T’as pas une gueule de porte-bonheur !»), qui font beaucoup plus d’effet de sa part que de la part des autres protagonistes. Car oui, beaucoup taillent sur cet acteur, qui, il est clair, ne possède pas un grand talent mais que j’ai toujours trouvé charismatique et qui s’impose par sa présence. Les vannes, il en balançait déjà du temps de Conan ou Total Recall.

   Le Dernier rempart est au final une honnête série B, plus sauvée par sa réalisation et son efficacité que par son humour potache et sa linéarité soporifique. Kim Jee-Woon n’a pas totalement réussi sa première aux Etats-Unis, malgré une réalisation honorable. On est donc face à un actionner comme on en fait (malheureusement) plus aujourd’hui, un vrai plaisir coupable qu’il faut prendre pour ce qu’il est. Quand j’en vois à travers cette réalisation relancer le débat sur le port d’armes et l’auto-défense, je pense que leur analyse va beaucoup trop loin par rapport au réel intérêt du film. Son but réel est de nous en mettre plein la gueule, et ce malgré un appui trop prononcé des valeurs américaines. Faut-il pour autant condamner si vite le réalisateur coréen ? Pas forcément. Il est tout à fait légitime d’espérer le revoir à nouveau fouler le sol de l’Oncle Sam, mais cette fois-ci délesté des lourdes menottes d’Hollywood.

Le Dernier Rempart  - critique

© Di Bonaventura Pictures

        Thibaud Savignol,
Membre de l’association Ellipse.

Un commentaire

  1. Jonathan

    Ouah, c’est totalement différent de ce que j’ai ressenti.
    En plus, dire que Schwarzy arrête la politique à cause de problèmes familiaux,ça fait très closer.

    Oui, le scénario est linéaire mais néanmoins, on passe un très bon moment du début à la fin.
    Et j’adore Knowville, il est vraiment bon dans ce qu’il fait !

    Schwarzy nous surprend dans ce film, ou ils ont su écrire un scénar’ pour lui !
    Certes la course poursuite finale est un peu gnangnan !

    Mais ça vaut un bon 7/10 dans l’ensemble ! Ce qui est plutot innatendu…

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